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  Un des postulants de la théorie du progrès chère aux politiciens de la IIIème et IVème république, c'est que le progrès politique consiste dans la prépondérance chaque jour plus accentuée des partis de gauche, qui sont représentés comme les défenseurs qualifiés des classes les plus nombreuses ou les plus pauvres.
  Ce postulat a trouvé son expression la plus parfaite dans la philosophie de l'histoire de Karl Marx, qui procède elle-même pour une part des théories chères aux philosophes français du XVIIIème siècle. Elle tend à réduire l'histoire sociale à la lutte de deux classes, dont l'une, la moins nombreuse, exploite et opprime l'autre.


  A l'en croire, au moyen-âge, Roi, noblesse et clergé étaient d'accord pour tenir le peuple dans l'ignorance et la servitude afin de vivre fastueusement à ses dépens ; de nos jours, la bourgeoisie, alliée à l'Église, fonde sa fortune sur la misère des classes inférieures.
  Cette philosophie fantaisiste, destinée à susciter et à entretenir la haine de la tradition et le mépris du passé, s'allie à une conception messianique de l'avenir.


  A la fin du XVIIIème siècle, les révolutionnaires français avaient glorifié les temps nouveaux, le siècle des "lumières", le bouleversement social qui apporterait la liberté et le bonheur aux individus comme aux peuples. Le même optimisme, la même foi dans l'avenir, la même puissance d'illusion animaient radicaux, socialistes et communistes : le peuple a le nombre, donc la force ; rien ne l'empêche donc de s'emparer du pouvoir et d'instituer un ordre nouveau qui améliorera son sort. Une nouvelle révolution achèvera ce que celle de 1789 a commencé.


  Cette révolution que les radicaux croyaient pouvoir réaliser insensiblement pour ainsi dire, au moyen d'une suite de réformes, les socialistes plus brusquement, par une série de dépossessions brutales, les communistes enfin par la violence et le massacre des opposants, s'est accomplie en effet au lendemain de la Libération, lorsque les républicains populaires, les socialistes et les communistes conjurés procédèrent en grand à l'extermination de leurs adversaires et à la mise en coupe réglée de la France, sans autre résultat que d'enrichir les malhonnêtes gens, de ruiner les gens honnêtes, de décimer les élites, d'assurer la domination des pires et de semer la haine.