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  Le libéralisme issu du "coup d'état bourgeois de 1789" (Karl Marx dixit) n'a apporté à la classe ouvrière que la misère et l'insécurité. Sur les 2 281 articles du fameux Code Napoléon, il est remarquable que 1 765 d'entre eux traitent de la propriété, de ses modifications, des moyens dont on l'acquiert (les autres traitant des personnes), tandis que trois seulement - d'ailleurs fort vagues - traitent du travail.
  Abandonné à la merci de "maîtres inhumains" (Léon XIII), la classe ouvrière s'est tournée vers un idéal étatique et nul ne peut l'en blâmer car, puisque le libéralisme a libéré les égoïsmes et engendré l'anarchie dans la production, la loi de la jungle dans les rapports sociaux, une concurrence sans référence au bien public, l'accaparement par certains de toutes les richesses au détriment des autres, et d'affreuses conditions de vie pour les plus pauvres, eh bien - a-t-on cru - a-t-on pensé - l'Etat devra rétablir l'ordre, régler la concurrence, veiller sur les faibles, répartir et au besoin produire lui-même. En bref, l'Etat devra être le SERVITEUR de tous...
...Mais aussi le MAÎTRE !

  Et finalement qui tiendra l'Etat et de quel recours disposera le travailleur? C'est le drame de notre époque.
  La solution corporative n'a pas eu beaucoup d'audience dans le monde du travail, à cause du discrédit qui pèse sur ses sources (catholicisme, traditionalisme, nationalisme, etc...) qui évoquent, pour beaucoup, de lointaines formes d'oppression.
  Les hommes qui ont proposé la doctrine corporative étaient certainement sincères puisqu'ils n'avaient aucun intérêt personnel à le faire. Nous n'avons pas le droit de rejeter a priori des solutions qui permettraient peut-être de résorber le prolétariat en donnant un statut à l'ouvrier, et la possibilité de se défendre plus efficacement. C'est pourquoi nous recommandons à tous ceux qui nous font confiance l'étude de la doctrine corporative, non qu'il s'agisse de calquer ce qui s'est fait dans le passé, mais l'expérience d'une longue histoire devrait-elle ne servir à rien, et le génie inventif de notre peuple ne peut-il s'en inspirer pour construire enfin solide et bon après tant de déceptions dont nous fûmes abreuvés?

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  L'objet de cet article n'est pas l'étude en soi de l'ordre corporatif ; il est de définir une attitude politique. Notre peuple est à juste titre dégoûté de la politique, mais notre sort est lié, que nous le voulions ou non, au régime que se donnera le pays. Il nous faut donc choisir.
  La démocratie libérale s'est bien moquée de nous.
  Le communisme ne nous propose qu'un esclavage plus technique que celui de l'Antiquité, et dont nous ne voyons même pas qu'il mène à la prospérité ni à quelque justice sociale supérieure.
  Les régimes fascistes, dont il faut reconnaître qu'ils firent des efforts concrets pour leur classe ouvrière, sont associés à juste titre à de tragiques aventures et ont sombré dans le sang.
  Et d'ailleurs, cet ordre corporatif dont nous préconisons l'étude s'accomoderait-il de n'importe quel régime?
  En théorie, oui ; et l'Église catholique, notamment, l'a préconisé sans le subordonner à un régime politique donné.
  En pratique, et à notre avis, non.

  Un ordre corporatif impliquerait une certaine décentralisation et que l'Etat se désaisisse en faveur des corporations et des syndicats d'un certain nombre de fonctions et de pouvoirs. Des régimes unitaires, autoritaires et centralisés le peuvent-ils vraiment, sans exiger en contrepartie d'être, à la tête et au sein même des corporations, non seulement représentés mais plus ou moins souverains? Nous ne le pensons pas.
  Quand à la démocratie libérale, c'est essentiellement "le régime des partis", lesquels justifient leur existence par un programme qui, moteur sans doute pour de sincères militants de base, sert de masque ou de prétexte idéologique à la volonté de puissance des chefs dont le but naturel est de parvenir au pouvoir ou de le partager. Seuls habilités et organisés pour capter, représenter, et interpréter les volontés populaires, les partis tendraient à garder ce privilège, tolèreraient mal que prétendent à une effective représentativité des organes professionnels ne relevant point de leur obédience et ne se pliant point en toutes circonstances à leurs impératifs politiques ou à leur idéologie. Ils ne se soucient pas de syndicats voués à la défense, réelle et réaliste, de leurs ressortissants, ni de corporations dont l'objet se limiterait à l'organisation des professions, à la défense des entreprises qui les constituent, à la gestion d'un patrimoine collectif, toutes choses "partielles", et concernant les intérêts véritables des travailleurs en tant que tels, mais non "partiales au point d'épouser étroitement les objectifs tactiques ou stratégiques d'un parti politique.
  Ils ne peuvent s'intéresser à de tels organes que s'ils leur paraissent pouvoir leur servir de tremplin. Dans la mesure, donc, où ils accepteraient de promouvoir un ordre corporatif, ce serait pour noyauter corporations et syndicats, les annexer, en faire les "courroies de transmission" de leurs ambitions partisanes.

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  En bref, ils pourriront le corporatisme comme ils ont pourri le syndicalisme, et un bel espoir de la classe ouvrière serait discrédité.
  Par contre, entre le régime corporatif et la monarchie héréditaire, il existe, au moins, une sorte de complicité historique ; n'est-ce pas sous ce régime qu'avant de se scléroser et de donner lieu à de graves abus, les corporations ont poussé leur plus belles fleurs et leurs plus beaux fruits?
  Le monde du travail, disait avant guerre Mgr le Comte de Paris, sera la noblesse du XXème siècle. Certes, les travailleurs ont trop souffert, ils ont trop été trompés, pour ajouter foi à des slogans ou prêter attention à de vaines paroles. Mais "le diable porte pierre", et le mauvais jour sous lequel on présente habituellement aux écoliers de France la monarchie française, comme un système despotique et anti-social, ne pourra-t-il, en l'occurence, servir à ceci :
  Qu'un Roi, s'il veut durer, en donnant à la monarchie restaurée la base populaire, ouvrière et paysanne, qui lui est indispensable, sera tenu de "faire du social" comme on dit aujourd'hui, et d'aller, dans ce sens, beaucoup plus loin qu'on est allé jusqu'à présent?
  Il le faudra bien s'il veut que se refasse, entre le peuple et lui, ce solide mariage d'amour et de raison auquel nous devons les plus grandes heures de notre histoire.
  Pour la classe ouvrière dont nous sommes, d'origine et de coeur, la seule voie qui ne nous semble pas devoir être, a priori et nécessairement, une voie de garage, c'est de reprendre avec son Roi, comme le lui avait offert le Comte de Chambord, "le grand mouvement d'émancipation commencé ensemble en 1789"