A ceux qui nous demandent ce qu’apporte l’ordre corporatif à la population ouvrière, nous répondons qu’il lui restitue la propriété du métier, entendez cette propriété qui, avant la révolution de 1789, était le stimulant par excellence du travail bon et loyal.
  Le métier est toujours la propriété de quelqu’un, individu ou collectivité.

  Sous le régime libéral, il a été d’abord la propriété du patronat : par la suite, il est devenu la propriété des puissances d’argent, entendez de « la fortune anonyme et vagabonde », comme l’expliquait, il y a plus d’un demi-siècle, le Duc d’Orléans.
  En régime totalitaire (nazi, fasciste, socialiste, communiste), le métier est la propriété de l’Etat.
  Ni en régime libéral, ni en régime totalitaire, le travailleur n’a la propriété du métier.

  En régime corporatif à la française, le travailleur de la ville ou des champs (qu’il soit ouvrier, ingénieur, patron, paysan ou artisan) est propriétaire de son ETAT, de son METIER. Cela signifie que le salarié tient ses moyens d’existence et d’ascension sociale, non point du bon plaisir des marchands d’or comme en régime libéral ou des trusts d’Etat comme en régime totalitaire, mais d’un ORDRE SOCIAL FONDE SUR LA RECONNAISSANCE DES DROITS ET DES DEVOIRS RESPECTIFS DU TRAVAIL ET DU CAPITAL.

  Du fait de la propriété du métier, le salarié qui remplit ses devoirs d’état a l’assurance d’un travail régulier, de tirer de ce travail les moyens de fonder et d’entretenir un foyer, celui aussi du pain des vieux jours. Mieux encore : la propriété du métier le fait participer effectivement par le syndicat ou le conseil corporatif, à la vie du corps professionnel et il a la possibilité de s’élever dans son état par son habileté et sa valeur morale.

  Les avantages que la propriété du métier confère à l’employeur ne sont pas moins substantiels. Dès lors que la profession est organisée, c'est-à-dire dès lors que les hommes de la profession ont pris la peine de faire eux-mêmes la police de leur métier, l’employeur est mis à l’abri des concurrences déloyales et excessives ; de celles-là seulement, car l‘ordre corporatif ne supprime pas la concurrence ; exactement, il l’appelle à jouer sur le terrain du FAIRE MIEUX. C’est bien la bonne manière d’aiguiser l’ingéniosité des chefs du travail, de les porter, eux et leurs collaborateurs, à assurer à nos produits cette réputation de qualité sans égale que leur avaient acquise les artisans de l’ancienne France.

  Naturellement, cette propriété du métier est soumise à certaines conditions. Elle ne saurait être garantie qu’à ceux qui savent le métier et c’est pourquoi la corporation professionnelle doit détenir le privilège de l’exploitation du métier. Cela veut dire qu’elle organise elle-même l’apprentissage. Elle l’organise e tenant compte des nécessités et des possibilités de la profession. Si une profession ne peut nourrir que cent mille travailleurs, elle prendra garde de ne pas former des apprentis comme si elle pouvait en occuper deux cent mille. Cette condition est essentielle si l’on veut que la propriété du métier soit une propriété véritable.

  Mais, dès lors que le travailleur est devenu propriétaire de son métier, sa condition n’est plus celle du NOMADE condamné à vivre au jour le jour ; il a recouvré les biens réels dont la première révolution , en 1791, l’avait dépouillé et que les révolutions postérieures ne lui ont as restitués. Parce qu’il a retrouvé ces biens réels, on ne peut plus dire que le travailleur est simplement CAMPÉ DANS LA SOCIÉTÉ. Il y est véritablement INSTALLÉ ; il est réincorporé à la communauté nationale : LE RÉGIME CORPORATIF L’A SORTI DE LA CONDITION PROLÉTARIENNE.

  Donc, propriété du métier à ceux-là seulement, salariés ou patrons, qui le savent. Si l’on veut bien y réfléchir, on admettra que le retour à ce principe est par lui-même une véritable révolution : il ôte à l’argent le privilège de s’emparer de la fonction patronale et c’est en quoi le corporatisme, qui est ami du capital, s’oppose au système capitaliste.

  Comprenons bien ce que cela veut dire : LE CORPORATISME AMI DU CAPITAL ET ENNEMI DU CAPITALISME.
  L’ordre corporatif est ami du capital parce que, sans lui, le travail ne peut rien. « LE CAPITAL, a dit La Tour du Pin, EST AU TRAVAIL, COMME L’EAU AU POISSON. »
  Ami du capital, l’ordre corporatif est l’ennemi du régime suivant lequel l’activité des entreprises est UNIQUEMENT tournée vers la fructification des capitaux. C’est cela le « capitalisme ». La Tour du Pin l’a défini « LE SYSTÈME QUI TEND UNQUEMENT A FAIRE PORTER DES RENTES AU CAPITAL. »

  Système inhumain, d’abord parce que la fin du travail n’est pas de pourvoir au meilleur rendement des capitaux, mais bien « de fournir en suffisance au travailleur puis à la société les biens utiles à la vie ; ensuite parce que l’argent est fait non pour diriger, mais pour servir. La nature des choses, à dit le professeur Georges Renard, veut que l’argent vienne à sa place, qui est la troisième, après le travail de l’ouvrier et le travail du chef. Il ne faut en aucun cas que l’argent puisse usurper la direction SANS SOUCI DES BESOINS HUMAINS ET DE LA SÉCURITÉ DES TRAVAILLEURS – patrons, cadres, employés et ouvriers – ENGAGÉS DANS UNE ENTREPRISE. Voilà pourquoi « les entreprises avec leurs chefs responsables doivent être soumises à la sage réglementation corporative qui les contraindra à se préoccuper du bien total de la profession. »

Firmin BACCONNIER