Adam Smith
adam_smithC’est en 1776 que parut un ouvrage capital pour l’économie politique : Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations.
C’était l’oeuvre du fondateur de l’économie politique, l’écossais Adam Smith. Il avait 53 ans à la parution de son grand ouvrage. Libéral comme l’étaient la plupart des économistes de son temps, il fut un remarquable observateur et eut le mérite de poser clairement les premiers principes de l’économie politique.
Pour l’exposition des idées d’Adam Smith, je me suis référé à l’ouvrage, paru en 1922 :
Gide et Rist : Histoire des Doctrines Economiques
Le chapitre concernant Adam Smith est le Rist.
Le Travail. Quesnay, économiste français de la même époque, avait écrit :
« L’agriculture est la source de toutes les richesses de l’Etat et de celles de tous ses citoyens. » Les autres productions en dépendaient. Rist fait remarquer que dès la première phase de son livre, Adam Smith s’inscrit en faux contre cette idée : « Le travail annuel de chaque nation est le fonds primitif qui la fournit de tous les objets nécessaires et utiles à la vie, qu’elle consomme chaque année, et qui consistent toujours soit dans le produit immédiat du travail, soit dans ce que l’on achète avec ce produit aux autres nations. »
La Fontaine le savait puisqu’il écrit dans la fable du Laboureur et ses Enfants :

« Travaillez, prenez de la peine
C’est le fonds qui manque le moins »

Le fonds est ici synonyme de terre, laquelle a besoin pour porter des fruits d’être travaillée et soignée. D’ailleurs, la primauté du travail ne signifie nullement dans l’esprit d’Adam Smith que le travail est source unique de richesses. Mais « il affirme, dit Rist, qu’en définitive c’est l’activité de l’homme qui créé chaque année la masse des biens qu’il consomme, non les forces naturelles lesquelles, sans sa direction, demeureraient infécondes et inutiles. »
Après cette introduction et des considérations sur la monnaie, Adam Smith passe à la notion fondamentale de son ouvrage : la division du travail. Alors que dans une société primitive, l’individu pourvoit à la totalité de ses besoins, dans nos sociétés civilisées, chacun de nus se spécialise et produit en quantité un même article pour l’échanger et obtenir en contre-partie ce qui lui est nécessaire.
Par la division du travail, les hommes coopèrent. Cette coopération est à l’origine de la formation du produit national et c’est elle, dit Rist en manière de conclusion « la véritable source du progrès et du bien-être ».

La Spécialisation

Dès la plus haute antiquité, les hommes se sont spécialisés, qui d’une manière, qui d’une autre, dans les activités sociales. C’est ainsi qu’on a : des charpentiers, des ferronniers, et dans les professions libérales : des médecins, des avocats, des enseignants. Autant de métiers et des professions différentes.
La spécialisation qui résulte de la division du travail, a deux conséquences :
. Une amélioration de la qualité, d’une part ;
. Un abaissement du coût d’autre part.
En revanche, elle place chacun devant un double problème : produire et vendre (ou échanger), ce qui implique qu’on produise en fonction de la demande, autrement dit selon les besoins du marché, à des prix aussi bas que possible. On en connaît les conséquences. Tandis que pour satisfaire ses besoins il suffit à u homme d’être habile et travailleur, la spécialisation l’assujettit au marché et le place sans cesse devant le risque de la mévente. Situation dangereuse même pour le meilleur des artisans.

La décomposition du travail

Adam Smith examine aussi une autre forme de la division du travail qu’on a nommé ultérieurement le travail en série et qui se perfectionna dans les débuts du XXème siècle pour donner naissance au travail à la chaîne.
Je désignerai cette méthode sous le nom de décomposition du travail parce qu’elle décompose la fabrication d’un objet simple en une suite d’opérations élémentaires. A l’opposé de la division du travail (sous la forme traditionnelle) elle ne s’est pas constituée spontanément : elle est une conséquence de l’étude rationnelle des gestes et des actes successifs pas lesquels naît un objet. C’est ainsi qu’Adam Smith cite l’exemple d’une manufacture où la fabrication d’une épingle nécessite 18 opérations successives, chacune effectuée par un ouvrier spécialisé soit au total 18 O.S. par épingle. Mais malgré l’accroissement des effectifs, le gain de production se révèle énorme quand on le compare à la production d’un artisan qui ferait à lui seul chaque épingle de bout en bout.
Cette décomposition du travail qui commençait à se développer au temps d’Adam Smith eut un avenir extraordinaire et des effets à la fois bons et mauvais. Nous en reparlerons.

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