Le corporatisme n’est pas seulement une solution de bon sens entre deux systèmes extrêmes. Il est une économie de la qualité. Une telle économie est essentiellement celle d’une société civilisée.
C’est le cas de la France. Dès l’antiquité, ses artisans furent réputés. Ils le furent plus encore au temps des cathédrales, puis quelques siècles après aux époques des hôtels et des meubles élégants.
Maintenant, ouvrons le dictionnaire. Définition d’après Littré de la qualité : « ce qui fait qu’une chose est telle. » On parlera de bonne ou mauvaise qualité. Une étoffe de bonne qualité est celle qui assure un bon usage, s’use peu, ne se froisse pas, s’entretient facilement, etc… On dira aussi une étoffe de «qualité» comme on dirait «ce vin a de la qualité, il a un goût, une sève qui le distinguent des vins communs» (Littré).
La qualité implique une sorte de hiérarchie, une échelle des valeurs. Cette échelle est parfois subjective, ce qui ne l’empêche pas de se répercuter au niveau des prix puisqu’à une qualité jugée meilleure, correspond un prix plus élevé.
Mais la qualité signifie aussi ce qu’une chose doit être, sa conformité. Conformité qui comporte quelques différences, selon l’usage que l’on compte faire d’un produit ou d’un objet.
Ainsi, l’eau potable n’est pas l’eau des chimistes la simple H20, elle est porteuse de sels minéraux et de tout ce qui convient à l’être vivant. En revanche, l’eau des appareils ménagers ou industriels pour lesquels il faut éviter l’encrassement est l’eau chimique, l’eau scientifique c'est-à-dire épurée.
Même remarque pour le vêtement. L’un résistera à certains travaux rudes et salissants, l’autre est acheté pour la ville et l’agrément. Bref, la diversité est un complément de la qualité. Dans une société civilisée, les objets sont spécialisés.
On nous objectera qu’il y eut des sociétés spartiates qui cultivaient l’austérité et l’uniformité. La diversité n’y fleurissait pas, bien que leurs armes fussent solides, leurs vêtements résistants, leur nourriture saine. On peut même les imaginer de nos jours se développant en réaction contre le monde présent. Cependant, les communautés chrétiennes les plus austères, tels les ordres monastiques ne condamnèrent jamais la beauté. Ils vécurent, au milieu d’oeuvres belles, de la vie la plus sobre et la plus austère.
Or la beauté est la meilleure image de la qualité.

RÔLE ÉCONMIQUE DE LA QUALITÉ

La qualité absorbant du travail, et d’autant plus qu’elle est meilleure, permet, en cas de crise, de conserver une activité supérieure à celle que fournirait une qualité moyenne. On sera, dans cette éventualité, obligé de baisser les prix. Mais on fera tourner l’usine. D’une manière plus précise, on peut, soit vendre moins cher à qualité égale, soi maintenir le prix et hausser la qualité. Les deux opérations entraînent des pertes. En général, elles suffisent pour relancer la vente. Si la crise est très grave, il faut, après étude du marché, se lancer dans de nouvelles fabrications et de nouveaux procédés.
L’argent mis de côté dans les temps prospères devra couvrir toutes les dépenses. Le corporatisme devrait faciliter (c’est ce que pense l’auteur) le retour normal parce qu’il évite la dangereuse concurrence des prix. A l’inverse de ce que fait l’économie libérale qui aggrave plus q’elle n’atténue le mal. M. Barre, malgré son savoir, n’a pu ramener l’économie française à l’équilibre et le chômage n’a cessé de croître.
Quant aux socialistes, qu’en penser ? Distinguons-en deux sortes : En premier lieu les marxistes. Voyons clairement ce qu’ils veulent. Leur but, leur objectif n’est pas tant le gouvernement que le changement. Ils ne désirent pas résorber la crise et guérir la France, ils veulent la transformer grâce à la crise, la crise étant le moteur et le prétexte.
Ont-ils réussi ? En partie, oui. Le changement, la désorganisation et la révolution se sont installés un peu partout. Ils gênent et affaiblissent la classe moyenne afin de paralyser la résistance du pays. Ils tiennent donc leur programme.
Et les socialistes à la française, ceux qu’on peut vraiment appeler ainsi parce qu’ils sont disciples de Proudhon, du plus français des socialistes. Où sont-ils et que font-ils ? Pourquoi ne défendent-ils pas les métiers, les artisans, les petites entreprises ? Sont-ils donc étouffés par leurs rivaux ? Ou bien oeuvrent-ils en silence, leurs efforts demeurant inconnus du public ? Tout est possible, même ce qui serait regrettable, même leur disparition.
Revenons au libéralisme. Année 1930 : la crise éclate. Il y a un demi-siècle de cela. Chômage en Amérique, Angleterre, en Allemagne. Si la France est épargnée, elle le doit à une conduite prudente et quasi corporative des patrons français.
Comment va se résoudre la crise ? Sera-ce par des voies et moyens économiques ?
Nullement. La crise s’éteindra par la guerre. L’armement avant et pendant la guerre, puis la reconstruction après les destructions et dévastations du terrible conflit. Voilà ce qui remet en marche la machine industrielle. C’est surtout après la guerre qu’on verra les vertus de l’économie libérale. Pourvu qu’il reste sur terre quelques régions épargnées en mesure de répondre à la demande, le libéralisme, essentiellement constitué pour cela, guérit les plaies merveilleusement. D’où trente années de prospérité.
Seulement voilà : en période heureuse, le libéralisme se détraque. Depuis 1974 nous voici à nouveau en crise. On a cru que cette crise passerait vite ; elle s’est installée dangereusement et engendre une concurrence, entre nations, impitoyable. Les plus robustes résistent, les autres s’effondrent dans le socialisme. N’en disons pas plus : on verra. Espérons qu’un jour, nous aurons en France, une économie équilibrée, celle qui est presque autorégulatrice grâce à la qualité. A condition d’avoir des entreprises vigoureuses, vivantes et pour tout dire « entreprenantes ». Alors elles sauront tester le marché et répondre aux désirs des clients par la fabrication la plus diversifiée possible.

Format PDF :

LogoPDF